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2 août 2007
Pti Gars

JACKY CLEMENT

A L’ULTRA TRAIL DU MONT BLANC

Jacky Clément (membre de JOG’ABLAIN et des LNR) à participé ce week-end du 25 aout 2006 à la mythique course du Mont Blanc trail hors normes de 158 kms sans escales traversant trois pays comme la France, la Suisse et l’Italie. Seul des hommes aux facultées mentales exceptionelles peuvent se mesurer à un évenement tel que celui-ci avec plus de 8500 mètres de dénivelés positifs, imaginez-vous un peu : l’Everest !

Voici son parcours avec les dénivelés, il vaut mieux être prêt à faire face aux difficultées !!!

ette épreuve consiste à faire le tour du mont blanc en moins de 45 heures, seuil éliminatoire, rien que ça !!!

Moi je dis RESPECT !

Voici son récit :

"L’an dernier j’étais moi aussi sur le pc afin de suivre un ami sur cette formidable course qu’est l’Ultra Trail du Mont Blanc, et aujourd’hui me voilà à mon tour à écrire mon récit de course. Que de chemins parcourus pour espérer être finaliste, j’avais beau regarder tous les tableaux de marche, les récits de coureurs me rappeler la réalité, 40% à l’arrivée ! Pour être de la fête, autant dire des dégâts en perspective. Je décidai de construire toute ma saison sur une seule course, celle qui me faisait tant rêver depuis quelques temps.

Des chiffres hallucinants 158 km, 8500 m de dénivelé positif et autant de négatif, l’Everest ! Et pour couronner le tout 2 nuits sans dormir… de quoi faire des cauchemars .

Mais j’étais déterminé à y participer, rien que le décor, et la beauté des paysages traversés ça valait la peine de se préparer 6 mois durant.

Pour beaucoup l’effort à fournir est considérable, pour moi juste une préparation ciblée et un moral d’acier pour décrocher la veste de FINISHER,… en route pour Chamonix-Mont-Blanc.

Pour suivre le parcours se munir de la carte.

Le grand jour du départ est arrivé, après avoir récupérer mon dossard, faire vérifier le matériel obligatoire et déposer les sacs pour le change à Courmayeur et Champex-Lac, je me dirige vers le centre ville avec Philippe et Michel, la tension est palpable sur les visages, on prends les photos de circonstance, l’ambiance est magnifique, l’arche de départ est installé près de la compagnie des guides, tout un symbole.

Briefing de course, bulletin météo : de la pluie annoncée pour samedi après midi sur la Suisse !

19h00, le départ est donné sur la musique de film (Christophe Colomb) séquences frissons !

Chamonix-les Houches-col de voza :

C’est parti, vers le centre ville, la foule présente applaudit les coureurs, je pars tranquille (10 km /h), j’ai l’impression d’être sur un semi, dépassé par de nombreux coureurs, ça part à mon goût très vite pour un ultra trail, comme si les coureurs n’étaient pas informés des difficultés rencontrées (le stress ?). Michel reste avec moi lui aussi connaît bien la dure réalité de l’ultra fond…. ne pas s’emporter. On attaque le col de Voza, ça y est on peut sortir les bâtons. Dans le col je me retourne je le ferrais souvent en course afin de ne rien rater des paysages, la lumière du coucher de soleil donne des reflets sur le Mont Blanc, superbe.

J’ai perdu Michel au ravitaillement, je ne le reverrais plus avant l’arrivée.

Voza-Les Contamines :

La descente du col est prudente, je prends mes marques avec la frontale.

J’arrive aux Contamines dans une ambiance digne du tour de France, les cloches , un passage étroit, la hola... vraiment chaud au cœur , ne pas s’emballer mais que cela fait plaisir .

Les Contamines-la Balme- Notre Dame de la gorge :

Je remonte tranquillement le long de la rivière par une bonne route, la nuit devient profonde.

La Balme –Col du Bonhomme :

Ca y est, c’est parti la première vrai difficulté, de la bonne grimpette avec bâtons, c’est l’occasion de tester mes progrès en la matière depuis leur achat il y a quelques mois, c’est très humide voir même boueux, le souffle devient court et tout devient silence... une longue lumière en file serpente la montagne… joli.

Col du Bonhomme- les Chapieux.

Belle descente, avec en prime de la pelouse pour l’amorti, je me laisse glisser vers la musique qui bat son plein quand j’arrive au Chapieux (44 km).Un bon rock’n’roll pour regonfler les neurones et je repars en ayant pris soin de me ravitailler. Les Chapieux -Ville des glaciers -Col de Seigne :

Alors que depuis le début je suis resté sans converser, je fais la connaissance de 2 coureurs, une petite causette pour attaquer le col, on se sent moins seul !

La montée au col se fait sous un ciel étoilé, quelques étoiles filantes histoire de faire un vœu.

(Aller au bout !!). Je suis à l’aise, les sensations sont très bonnes, mais j’en garde sous le pied.

Col de Seigne – refuge Elizabetha : Forzia Italia…Bravi

La bascule sur l’Italie se fait au lever du jour, le coin est très sauvage… pas de mobylette la zone ! Le peloton commence sérieusement à s’étirer, je ne m’attarde pas trop au ravito c’est pourtant pas les bonnes choses qui manquent.

Refuge Elizabetha –Mont favre :

Le soleil se lève sur ce petit coin de paradis, des lacs, des rivières, de la rocaille et les yeux sur le Mont Blanc qui se projette me laissent a penser que j’ai vraiment de la chance d’être présent sur cette course,… ah ! courir quand ça te prends !! Mont favre-Col checroui-Courmayeur :

Un compliment a tous ces bénévoles qui passeront le clair de leurs temps sur les hauteurs avec du mauvais temps et pourtant avec un large sourire. Chaque point de ravitaillement est un point de chaleur de part la variété et la richesse de ce que l’on peut trouver sur les tables. Chapeau bas.

La descente sur Courmayeur se fait sans trop d’encombre, si ce n’est une ampoule qui apparaît, bien qu’ayant prévu ce qu’il faut pour me soigner je décide d’attendre d’être à Courmayeur pour les soins. Je continue a me régaler des paysages, d’autant plus qu’il commence à faire chaud.

J’arrive sur Courmayeur à 8h20, kilomètre 72. Mon plan de course : ravitailler, soins des ampoules et un petit massage pour le confort (Nous ne sommes qu’à mi-course).

Le gymnase est immense, il règne pourtant pas mal de confusion.

Courmayeur-refuge Bertone

Je repars de Courmayeur réparé, J’ai décidé de garder les collants et le gore tex, il fait chaud je sais, mais les changements de température sur les sommets me donneront raison. D’autant plus que la météo annonce de la pluie. C’est à mon avis une des clés du succès, prévoir l’équipement adéquat pour ce type de course et limiter les pertes énergétiques.

L’arrivée sur le refuge de Bertone est une pure merveille , le décor des cartes postales !

La montée n’a pas été très facile, toujours très peu de conversation, on sent la tension et la fatigue sur les visages marqués des coureurs.

Refuge Bertone –Refuge Bonati-Arnuva :

Je regarde la carte et je m’aperçois que je peux dérouler vers Arnuva ( 13 km), ça va faire du bien, d’autant plus que les paysages sont très variés je décide de prendre cela tranquille, après tout j’ai de l’avance sur les barrières horaires. L’altitude moyenne 2000m, c’est le bon air ! Mon genoux tient le coup ( l’arthroscopie effectuée en décembre donne de bon résultat) encore merci à toute l’équipe pour les soins apportés. Sur ce genre de course je peux sans problème passer tout en revue et mes pensées vont naturellement à ceux que j’aime .Love... Love.. Love des Beatles pour la chanson .

J’arrive sur le refuge Bonati nom du célèbre alpiniste et grand tournant dans la course je fais la rencontre de Thierry, bien qu’ayant déjà eu quelque échanges avec lui auparavant je m’attarde au ravito. Il a l’air marqué par son genou , aussi je lui propose de rester avec moi pour la suite du parcours. Ma tactique étant de ne pas faire les descentes pour minimiser l’impact sur les quadriceps mais de descendre en marchant rapidement. Il accepte volontiers ma proposition et si le fait d’être deux était la clé du succès ?.

Nous basculons sur Arnuva, les quelques vaches qui se promènent sur les chemins ralentissement notre progression (juste histoire de justifier le chrono pour les pistards).

Au loin, sur le sommet du grand col Ferret on peut apercevoir la tente jaune North Face du ravitaillement !! Gloups…

Comme les nuages se font menaçant et que forcement les prévisions météo sont bonnes ! Il ne faut pas traîner et passer au plus vite le col Ferret.

Je prends le rythme en main et j’aide du mieux que je peux Thierry qui a l’air de grimacer.

Je lui fais part de ma stratégie : on passe le col sans encombre et après c’est gagné, il suffira de se laisse aller sur la Suisse avec ce qu’il restera de cartouches !!!

Je suis confiant et cela doit rassurer mon ami de route. Nous passons le col sans pluie, bonjour la Suisse. (93km). Col ferret-la Peulaz-la fouly-Pra de fort .

Mon raisonnement graphique est correct, nous descendons en suisse sur un bon chemin, le refuge de la Peulaz permet de reprendre des forces, les bouillons de pâtes passent toujours aussi bien, un peu salé, une merveille. J’avais déjà eu pas mal de soucis gastriques sur d’autres course et sur l’UTMB, j’avais décidé de limiter les fortes concentrations de sucres ( pas de coca ,pas ou peu, mais des boissons énergétiques très diluées, beaucoup d’eau minérale) et apparemment sur l’UTMB cela me réussit .

Ce qui peut frapper sur l’UTMB c’est la variété des paysages, on ne s’ennuie jamais .

Bien qu’il commence à pleuvoir ,la Suisse laisse entrevoir de jolies cartes postales ( il manque les boites aux lettres sur le parcours , je m’en excuses auprès des fans ! ).Cascades, falaises et grandes faces rocheuses, alpages et très beaux chalets de bois ). Je sors mon poncho, je suis pourtant bien équipé mais vu la sauce d’ici une heure, je ferai partie de la soupe !!

J’ai des pensées pour les amis de course , où sont-ils à cette heure ? Je parle à Thierry que sur Champex j’ai prévu de me changer complètement pour repartir au sec, aussi cette opportunité lui suggère de lui prêter mes chaussures ( même taille mais un modèle universel) ceci ayant pour effet de soulager la gène au genoux qui proviendrait de sa chaussure. C’est OK pour moi, cela le réjouit, il faut simplement rejoindre Champex ! La carte annonce 400 d+. La montée en forêt très humide est difficile, nous prenons un coup au moral, je doute pour la première fois. Nous arrivons sur Champex-Lac à la tombée de la nuit. Il fait une chaleur, sous le chapiteau, à tomber raide mort ! Nous décidons de stopper une heure, se refaire une santé, les ampoules, une bonne douche sous le fort (très spartiate le lieu … !) mais cela me fait le plus grand bien.

Je me suis changé des pieds à la tête et motivé à repartir et à en finir avec cette aventure, Thierry est heureux de ces nouvelles chaussures (une promo !) et de plus je lui ai prêté mes collants,

Il y a des jours où le bon samaritain sonne à la porte ! Mais quoi de plus normal de venir en aide, ça me fait autant de bien qu’à lui, c’est dans ma nature.

Cette course devient notre course, notre histoire, c’est aussi cela l’ultra, l’entraide, le partage et la solidarité . Champex-lac –Bovine :

Cet arrêt nous a fait du bien, nous repartons avec les frontales allumées en attaquant d’un bon pas la montée sur Bovine, je prends la tête du groupe, je me sens bien et bien que la trace ne soit pas évidente (forêt et nuit noire ). Je n’ai pas de doute sur l’itinéraire à prendre. Des vaches se reposent sur nos chemins, aussi nous prenons soins de ne pas les affoler avec les frontales .

J’aime cette montée, de bonnes marches humides, des rivières entrecoupent les lacets, de plus on se dit que ce sera la dernière nuit ! L’arrivée sur la course est à marquer dans les annales de la course, une lumière là haut dans la montagne et en musique de fond un cor de chasse, à cette heure de la nuit (2h00). Grand frissons.. Encore chapeaux bas aux bénévoles, à cette heure il commence vraiment à peler et franchement ils sont courageux les gars .

Bovine-trient :

Un très beau sentier nous permet de rejoindre les hauteurs de Trient, je marche d’un bon pas et ma technique me permets de lancer le groupe de lumière vers l’avant. La pluie se remet à tomber de plus belle, histoire de mesurer notre courage ! Pas question de lâcher si près du but et pourtant il reste 32 km, sur l’UTMB raisonner en km c’est perdre les pédales, il vaut mieux découper en tronçons les difficultés et fuir en avant. En cela je n’ai aucun doute et je me surprends à trouver des ressources qui me permettent de tenir. L’arrivée sur Trient, nous croisons 3 jolies Suiiiisses. Cela fait autant de bien que le bouillon vermicelles du ravito, faut en effet pas grand chose pour être heureux à cette heure de la course. J’en profite pour prendre des nouvelles de mes amis en course. Philippe est toujours en course, cela me ravit connaissant le bonhomme il va tenir j’en suis sur. Par contre Michel s’est arrêté à Champex, lui qui était le plus costaud des trois ,j’espère qu’il n’a pas de casse… On peut être fier de nous des cht’is dans l’aventure avec pour seules montagnes les terrils et l’Artois.

Trient – les steppes –Vallorcine :

Nous décidons de ne pas traîner, en finir avec cette dernière montée des steppes pour voir enfin le jour. Plutôt rude cette montée, mais toujours aussi technique le pas l’un dans l’autre nous parvenons au sommet heureux de notre savoir faire. Avec cette boue, tous ces passages très gras rendent la progression très difficile, l’utilisation des bâtons est indispensable, j’avais hésité sur leur utilité, merci Seigneur !

La descente sur Vallorcine est un vrai calvaire, la pluie a rendu le sentier impraticable au point de chuter à plusieurs reprises, les chaussures et le terrain ne font plus qu’un. J’avance très lentement et j’aperçois le bâtiment des remontées mécaniques (signe de vie) dans une brume des plus étranges… La route me redonne confiance. Le jour se lève, nous arrivons à Vallorcine, je connais pour y avoir grimper, mais sous la pluie ça na pas la même gueule, je dois fatiguer ! J’encourage Thierry, si on tient le bon bout pourquoi ne pas essayer de forcer un peu l’allure et essayer de faire moins de 40heures, on pourra dire que l’on a tout donner !!

Bien que fatigué je le sens encore motivé « guerrier le Thierry » .

Col des Montets-Argentiere – Chamonix :

Le col passe sans problème nous commençons à recourir, on s’étonne de retrouver du jus dans les jambes qui semblait nous avoir lâcher depuis longtemps. A l’arrivée sur Argentière nous retrouvons toute l’équipe des cht’is traileurs venus à notre rencontre, que c’est bon de retrouver des amis, merci encore à eux pour les encouragements et le soutien qu’ils nous ont apporté. C’est sur un bon chemin que nous filons sur l’arrivée, lucides, une dernière prune histoire d’arrivée à 8500 m D+. Je me laisse aller vers l’arrivée, je ne sens plus les courbatures ! L’émotion ne peut être contenue tellement les derniers mètres sont de toute beauté, me voilà comme un gosse, les larmes aux yeux en franchissant la ligne d’arrivée. Je respire, me relâche, Thierry arrive lui aussi très ému le visage resplendissant de bonheur.

On se félicite, et on se laisse guider vers les stands pour la fin de notre histoire.

Aujourd’hui, après quelques jours passés à récupérer je ne suis toujours pas redescendu sur terre, l’ivresse des sommets ? Toujours est-il que cette course a laissé des traces, sur le plan humain j’en ressors plus humble, sur le plan sportif ... plus cassé !!!

Mais quelles belles pages de vie.

A bientôt... pour de nouvelles aventures...

Jacky Clément ."